Parlons CAr (Partie 1)

Il y a quelques jours, j’ai annoncé que je ne me représenterais pas, dans un avenir rapproché, au Comité d’arbitrage de Wikipédia. J’y ai aussi expliqué pourquoi je ne le ferais pas. Je pense que le tour de la question a été fait là-bas. Ce n’est pas l’objet de ce billet. Cependant, cette décision me permet, à mon sens, de discuter de la marche du comité dans ce blog. En effet, comme je n’y serai plus impliqué, je pense que le devoir de réserve que je m’étais donné perd de son sens et peut être levé.

J’aimerais faire ici la défense de la décision à laquelle j’ai participé dernièrement puisque celle-ci a été plutôt contestée suite à son annonce, que ce soit directement sur Wikipédia ou dans la blogosphère wikipédienne. Il s’agit de la conclusion de l’arbitrage communautaire lancé par Touriste contre Patrick Rogel.

En résumant, je dirais que les critiques ont porté sur trois fronts principaux:

  1. Les arbitres ont erré en étudiant des comportements ayant eu lieu après la phase d’argumentaire et de témoignage et qui n’ont pas été soulevés pendant celles-ci;
  2. Les arbitres ont inventé une notion d' »incivilité » plutôt que de faire référence aux règles de Wikipédia;
  3. Les arbitres ont rendu une décision difficile à opérationnaliser ou à comprendre pour les administrateurs.

J’aimerais prendre le temps de répondre sur ces trois fronts dans deux billets différents, question d’aller au fond des choses sans que ça soit trop long pour lire en une fois. Dans un troisième billet, je vous livrerai mes impressions plus générales sur ma participation au CAr pendant la dernière année.

Sur la question de l’auto-saisine

Comme j’ai bien de la difficulté à trouver une définition de l' »auto-saisine » dans les dictionnaires que je consulte régulièrement, je vais essayer d’en formuler une ici:

L’auto-saisine est l’action par laquelle un tribunal (ou plus généralement une organisation) se donne juridiction sur une situation.

Or, quel est le mandat du CAr? Régler les problèmes qui lui sont soumis et qu’il juge recevables en recherchant une solution équitable au conflit. Il est donc primordial qu’un problème soit soumis au CAr et que celui-ci soit jugé recevable pour que le CAr ait « juridiction » sur ce problème.

Il serait complètement bizarre que le CAr décide, selon son bon vouloir et sans que personne ne lui demande de le faire, d’instaurer un arbitrage entre deux contributeurs en conflit ou de lancer un arbitrage communautaire contre un bénévole de l’encyclopédie. Il s’agirait là de se donner lui-même juridiction sur un problème qui ne lui a pas été soumis par un tiers. Et, dans ces conditions, on serait bien face à une auto-saisine.

Dans le cas qui nous intéresse, Touriste a saisi le CAr d’un arbitrage communautaire contre Patrick Rogel portant sur des allégations d’incivilité dans le traitement des PàS. Par la suite, le CAr a jugé que cette démarche était recevable. À partir de là, le CAr avait donc juridiction sur un problème d’incivilité de Patrick Rogel.

Pour mener à bien l’attestation des allégations de Touriste, il fallait donc se pencher sur le comportement de Patrick Rogel. L’argumentaire de Touriste a été utile pour ce faire. Le contre-argumentaire de PR servait à expliquer certains point et faire valoir « sa défense ». Les témoignages avaient pour but d’amener de l’eau au moulin des arbitres. Ainsi, pendant tout ce temps, il aurait fallu cesser d’observer PR et tenir compte uniquement de ce qui avait été écrit dans les témoignages? Je trouve cela absurde. PR continue d’exister tout au long de la procédure et son comportement lors des PàS est à même de démontrer sa compréhension des reproches qui lui sont faits.

J’aimerais reprendre ici les mots de Sammyday:

Et puis, quand on est soumis à un arbitrage et qu’on est un peu plus malin que la moyenne, on met en suspens le genre d’action qui semble problématique, en attendant que les arbitres tranchent la question : il n’y a jamais d’urgence (ou alors c’est du mépris assumé vis-à-vis de l’action des arbitres, et on sait tous ce que ça peut donner).

Loin de moi l’idée de penser que Patrick Rogel n’est pas « malin », au contraire. Ainsi, ça nous laisse dans la deuxième option évoquée par Sammyday. Étant donnée l’attitude de Patrick Rogel dans la demande de révision qu’avait demandée Suprememangaka concernant l’arbitrage qui avait eu lieu dans le passé, peut-être est-ce la meilleure explication à ce qui a poussé PR à poser les actions qui ont mené à son blocage. Ou peut-être existe-t-il une autre raison que je ne vois pas. Je suis bien ouvert à entendre cette explication.

D’ailleurs, la décision des arbitres impose de regarder le comportement de PR dans les PàS s’il fait une demande de révision de l’arbitrage. Faudra-t-il absolument que les arbitres ne regardent que ce que PR leur proposera ou devront-ils demander des témoignages? Non. Ils iront voir les contributions de PR dans les derniers mois en faisant peut-être appel à d’autre personnes et rendront un jugement. Aurions-nous auto-saisi les arbitres du futur sans nous en rendre compte?

Aussi, je trouve que tout cela forme beaucoup de bruit pour rien… Si on est un peu attentif au déroulement de l’arbitrage, la question des agissements de PR après les témoignages n’aura servi qu’à lui imposer un blocage de deux semaines, qui n’est pas volé compte tenu des actions qui l’ont amené dans cet arbitrage et ce diff, entre autre, qui ne pourrait être qualifié de respectueux des règles édictées par WP:ENV ou WP:FOI. Est-ce que les personnes qui contestent cette mesure peuvent dire que cela ne mérite pas de blocage?

Au passage, je rappelle que le précédent arbitrage qui avait eu lieu impliquant PR lui avait imposé un blocage de 6 mois et que tous les arbitres participants ont vu dans ce nouvel arbitrage une forme de récidive. Ainsi, recevoir un blocage de deux semaines dans ce contexte est un moindre mal. Il ne faudrait pas non plus perdre la vision globale.

Finalement, dans un autre cas récent, les arbitres avaient tenu compte des agissements d’un arbitré lors de la conclusion de la procédure pour décréter son bannissement (une sanction hautement plus significative). Étrangement, les contradicteurs du CAr, à cette époque n’avait trouvé mot à redire sur la question. Étrange différence de traitement…

La suite

Dans mon prochain billet, je répondrai aux deux autres critiques qui ont été formulées face à la récente décision que nous avons rendue. Dans le dernier billet de la série, j’expliquerai mes impressions générales sur le CAr et le contexte dans lequel il vit.

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Un commentaire pour Parlons CAr (Partie 1)

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