Parlons CAr (partie 2)

Dans mon précédent billet, j’ai expliqué pourquoi je considérais que les critiques portant sur l’auto-saisine dans la décision du CAr à laquelle j’ai participé dernièrement ne me paraissent pas fondées. J’aimerais maintenant répondre à deux autres critiques qui ont été faites par rapport à la conclusion de l’arbitrage Touriste-Patrick Rogel.

Rappelons ces critiques:

  • Les arbitres ont inventé une notion d’ »incivilité » plutôt que de faire référence aux règles de Wikipédia;
  • Les arbitres ont rendu une décision difficile à opérationnaliser ou à comprendre pour les administrateurs.

Sur la notion d’incivilité

J’avoue que cette critique me laisse pantois. La notion d’incivilité est assez claire. Référons-nous à Wikipédia: Incivilité désigne un comportement qui ne respecte pas une partie ou l’ensemble des règles de vie en communauté telles que le respect d’autrui, la politesse ou la courtoisie. D’ailleurs, le respect des règles communautaire et le respect d’autrui font partie des principes fondateurs de l’encyclopédie. En gros, la décision interdit à Patrick Rogel d’aller à l’encontre des règles de savoir vivre de l’encyclopédie et fixe un cadre de sanction s’il le fait.

Je vois mal ce qu’il y a de difficile à comprendre là-dedans. En gros, les arbitres ont constaté des manquements à ces règles de savoir-vivre et enjoignent les administrateurs de punir sévèrement d’autres manquement qui pourraient venir dans le futur. On aurait pu choisir d’autres termes ou faire référence à une règle particulière mais, au fond, les choses sont claires. Peut-être faudrait-il ajouter un lien formel vers le PF concernant les règles de savoir-vivre sur le mot incivilité pour que tout soit clair?

Touriste a utilisé ce mot lors de sa demande, les témoins ont aussi parlé de ce terme dans leurs textes. Pourquoi les arbitres auraient-ils dû changer le terme?

Une décision difficile à comprendre ou à mettre en action

Je pense qu’il s’agit là de la critique la plus fréquente sur la décision rendue. Dans un certain sens, je peux comprendre le point qui est soulevé mais je trouve qu’il est prématuré de juger la décision incompréhensible ou inapplicable et de s’en tenir à ça.

Il faut rappeler une chose d’abord. La façon la plus simple de ne pas avoir trop de problèmes avec l’application de la décision serait que Patrick Rogel saisisse l’essentiel du reproche qui lui a été fait et qu’il s’applique à se corriger. En répondant gentiment aux personnes qui le contredisent, en expliquant sur les pdd plutôt que de révoquer en ajoutant des commentaires lapidaires, il réglera la plupart des problèmes et la décision sera facile à faire valoir; il n’y aura rien à faire.

Supposant maintenant que PR ne s’amende pas et que quelqu’un fasse une réclamation à son encontre. Le processus spécifié par la décision est le suivant: la personne se sentant lésée dépose ses allégations sur les RA en faisant référence à la décision des arbitres. Les administrateurs jugent de la validité de l’allégation. S’il la jugent valable, ils enjoignent PR de corriger son incivilité avérée par un moyen approprié (excuses, retour en arrière, discussion posée visant au consensus, etc.) sans que les administrateurs aient à lui suggérer une solution. S’il le fait dans un délai raisonnable, les administrateurs pourront juger de la pertinence d’appliquer les sanctions. S’il ne le fait pas, ils appliquent les sanctions, de façon croissante à chaque fois.

Oui, c’est différent de l’habitude. Cependant, dans le cas d’incivilités claires, les choses se feront rondement. Si PR s’en prend verbalement à un autre contributeur et que tous les administrateurs s’entendent pour dire que ce n’est pas acceptable, la situation sera vite gérée.

Aussi, je vois pas pourquoi les administrateurs ne pourraient pas référer les plaignants au CAr en cas de difficulté. Dans un cas où l’incivilité serait difficile à caractériser, il suffirait de dire au plaignant de présenter sa demande au Comité d’arbitrage. Dans un tel arbitrage, le plaignant présenterait simplement une incivilité qu’il juge problématique. La question se limiterait à déterminer la pertinence des allégations. Patrick Rogel aurait la possibilité de faire valoir ses arguments. Ainsi, en quelques jours, le Comité pourrait se pencher sur la question et décider de la pertinence de l’allégation et des sanctions à prendre. De cette manière, les administrateurs embêtés pourront passer le ballon et le CAr pourra jouer son rôle. Un tel arbitrage serait assez court puisqu’il ne porterait que sur une situation particulière et circonscrite.

Dans tous les cas, il me semble qu’avant de juger la nullité d’une décision, il serait pertinent de lui laisser la chance de s’appliquer. Si PR s’amende et la mesure devient caduque, l’arbitrage aura eu son effet et nous pourrons passer à autre chose. Si PR commet des incivilités graves et évidentes, les administrateurs seront à même de juger des mesures à prendre, de la même manière qu’ils le feraient si cette décision n’existait pas, mais auront un cadre pour prendre cette décision. Si PR commet une incivilité difficile à juger, il pourra être recommandé de passer devant le CAr pour prendre une décision. Dans ce cas, il sera entre les mains des arbitres de décider des suites à donner aux décisions qui ont été prises.

Question aux critiques

Pour résumer, je trouve que les principales critiques qui ont été faites sur cet arbitrage ne sont pas nécessairement justes. Il est selon moi correct que les arbitres tiennent compte des agissements des arbitrés pendant les procédures puisqu’elles démontrent, au moins en partie, la capacité des arbitrés à tenir compte des observations faites. De plus, le principe du pragmatisme mis de l’avant par le 5e principe fondateur (WP:ICR) justifie d’utiliser toutes les informations disponibles pour prendre une décision appropriée. Bien sûr, cela ne permet pas au CAr de s’auto-saisir de conflit lorsque personne ne le réclame.

Pour ce qui est de la notion de civilité et d’incivilité, elle est clairement comprise dans les principes de savoir-vivre qui sont aussi partie intégrante de nos principes fondateurs. La notion n’est pas nouvelle et son interprétation me semble assez simple.

Finalement, pour ce qui est de l’application de la décision, il faudrait au moins lui laisser le temps d’être appliquée avant d’en juger. Il me semble que la voie est assez bien tracée pour que ce ne soit pas si difficile ou du moins gérable.

Au-delà de tout ça, une des réflexion que je n’arrête pas de me faire depuis la parution de la décision est que la critique est bien facile à produire mais les propositions alternatives ne fusent pas. N’y voyez pas une fronde mais plutôt une réelle interrogation de ma part aux personnes qui ont critiqué la décision: comment auriez-vous géré ce conflit si vous aviez été dans les souliers des arbitres? Puisque la décision semble être aussi nulle selon vos dire, il doit en exister une plus évidente que nous avons failli de voir. Aussi, si vous jugez que vous aviez réponse à toutes les questions que j’ai soulevées, pourquoi ne déposez-vous pas votre candidature au CAr qui est cruellement en manque actuellement pour faire profiter de votre jugement à l' »institution »?

Voilà, je pense qu’il n’y a plus grand chose de plus à dire de mon côté. Ces deux billets en plus de tous les messages que j’ai publié sur la question dans Wikipédia sauront certainement expliquer en long et en large pourquoi je ne vois pas de problème fondamental avec la décision que nous avons rendue. Je serai toute fois prêt à reconsidérer le tout une fois que la décision aura dû être appliquée ou quand viendra le moment de la reconsidérer.

Dans mon prochain billet, je vous ferai part de mes impressions générales sur le CAr et ma participation à celui-ci en faisant un résumé de mon année de participation. J’aimerais y parler de l’étrange sentiment d’être un « un gros méchant » que j’ai ressenti depuis quelques mois et de d’autres réflexions sur la fonction du CAr dans Wikipédia.

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3 commentaires pour Parlons CAr (partie 2)

  1. Ping : Épisode 6 – Réseau social | Les échos d'en bas

  2. LittleTony87 dit :

    Merci de détailler autant ton point de vue : j’attends avec impatience la partie 3, afin de pouvoir comparer nos vécus.

    Je ne suis cependant pas d’accord avec ta réaction face aux critiques : je vais me focaliser sur le cas qui m’interpelle le plus, celui de la forme de la décision. Cela me permettra qui plus est de ne pas m’exprimer sur le fond, ce qui tombe bien car je veux garder une certaine réserve.

    Les critiques ont été émises en premier lieu sur le BA, et par des administrateurs chevronnés, notamment Hégésippe, qui ne s’est par ailleurs jamais illustré par sa franche opposition au CAr. Le fait que des administrateurs qui ont été amenés et seront encore amenés à appliquer les décisions du CAr trouvent celle-ci obscure doit nous interpeller. S’ils le disent, c’est qu’ils ont certainement de bonnes raisons.

    Certes, après le temps passé à élaborer une telle décision, cela peut être frustrant d’être ainsi critiqué. Un arbitrage prend du temps, et tu en manques toi même, donc je comprends que tu ressentes une forme d’ingratitude à ce sujet. Mais réagir en disant, en gros (je caricature, bien sûr, mais c’est comme ça que je le perçois) « de toute façon, dans l’idéal, vous n’aurez pas à l’appliquer, et sinon, on verra bien. Et si vous pensez faire mieux, venez à ma place », me semble un peu trop relever du « raccrochage aux branches ».

    On le sait tous les deux, élaborer une décision est plus complexe que la critiquer. Cela ne signifie pas pour autant que nous devons rejeter la critique en bloc, au risque de nous isoler totalement de la communauté. Les admins trouvent cette décision obscure ? Soit, ils doivent être sincères dans leur jugement. Pouvons nous y changer quelque chose ? Non, c’est fait, c’est fait. Mais il est clair qu’à l’avenir, il nous faudra être plus attentif à ce défaut. Personnellement, en tout cas, une fois que le point a été souligné, j’y ai accordé plus d’importance dans l’arbitrage que j’avais à trancher.

    Comme je l’ai dit sur Wikipédia, j’ai l’impression que les critiques ne soulèvent pas tant des problèmes de fond (globalement, personne ne se livre à une défense obstinée de Patrick Rogel face aux méchants arbitres), mais plutôt de forme. Et on devrait plutôt s’en réjouir, car ce sont les plus aisés à résoudre !

    • letartean dit :

      Merci beaucoup pour ton commentaire.

      Il est évident que ma réaction est un peu celle de celui qui vient de passer beaucoup de temps à faire un château de sable et qui se le fait briser par un passant.

      Cependant, je suis sincère quand je dis que je ne trouve pas la majorité des critiques fondées. Celles sur l’auto-saisine semblent rejetées par l’ensemble des arbitres (disons en gros), celles sur la notion d’incivilité ne me semblent pas justes et celles sur la clarté de la décision me semblent prématurées. Comme je le disais, il y a plein de façons qui mèneront à une application très simple de la décision. Je serai tout à fait prêt à réévaluer mon avis lorsqu’on pourra démontrer, à l’aide d’un exemple, que la décision faillit dans sa mise en oeuvre. D’ici là, je trouve qu’il serait pertinent de laisser le bénéfice du doute à la décision.

      Faire des critiques, c’est bien. Faire des propositions, c’est encore mieux. Le problème c’est qu’actuellement, je ne vois pas de fondement dans les critiques dont j’ai parlé et ceux qui les formulent ne les accompagnent pas de réflexion sur des façons de régler ces problèmes (en supposant qu’on les accepte comme fondés). Comme individu, membre de du comité, je me retrouve devant quoi? Une critique que je ne trouve pas fondée, aucun réel bon argument et aucune façon de combattre les problèmes allégués. Je vois mal comment je peux aller de l’avant.

      Je fais une comparaison. Supposons qu’un citoyen envoie une lettre au CA de la compagnie de transport en commun pour se plaindre des retards de l’autobus chez lui. Comme membre du CA, je me questionne et fait vérifier le respect des horaires sur ce trajet. On me certifie qu’ils sont scrupuleusement suivis. De plus, le citoyen n’a pas identifié de cause particulière au problème, ni de façon d’y remédier. Que peut faire le conseil d’administration dans ce cas? Pas grand chose, à mon avis.

      La situation me paraît semblable ici. Je reçois une plainte; je ne la trouve pas fondée; je demande des explications; elles ne me convainquent pas plus; je regarde si des problèmes sont identifiés; je n’en trouve pas; je regarde si des solutions sont proposées pour voir si on ne peut pas donner satisfaction en réalisant ces solutions; je n’en trouve pas. J’ai comme l’impression que je ne peux pas y faire grand chose de plus.

      J’écris encore trop… Le reste suivra dans mon dernier billet de la série.

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